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Luck, David Milch

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Luck, David Milch

Message par SpaceInvasor le Sam 10 Jan - 16:59

David Milch, extravagant créateur de “Deadwood”, Dustin Hoffman, Nick Nolte : c'était le tiercé gagnant de Luck. Pourtant, la série ne dépassera pas la saison 1.


Une course folle. Un tibia qui se brise. Un cheval qui se cabre. Sa mise à mort immédiate, à même la piste. Cette scène du premier épisode de Luck, série dense et exigeante dans les coulisses d'un hippodrome, symbolise son destin funeste. Lancée à vive allure, portée par un casting impression­nant (Michael Mann derrière la caméra, Dustin Hoffman et Nick Nolte devant), elle s'annonçait comme une grande série d'auteur, une œuvre aux dialogues ardus, à la narration chorale et à la réalisation novatrice. Elle n'aura tenu que neuf épisodes (diffusés à partir de cette semaine par Orange Cinémax) avant d'être fauchée par son diffuseur, HBO, forcé d'y mettre un terme après la mort de trois chevaux, blessés sur le tournage.

Une triste fin, de celles que son créateur David Milch connaît trop bien. « Tout ce qui vit meurt », lâche, presque résigné, celui qui changea dans les années 1980 et 1990 la face du polar en participant à l'écriture des rugueux et réalistes Hill Street Blues et NYPD Blue. Dépositaire de quatre Emmys, Milch a vu ses projets les plus ambitieux s'envoler sans connaître de conclusion, de l'acclamé western Deadwood (2004-2006) à la mystique et méconnue John from Cincinnati (2007) en passant, donc, par la fort mal nommée Luck (« Chance »).

Diplômé et enseignant en lettres à Yale, poète publié, romancier frustré, Milch, 67 ans, s'est bâti en trente ans de carrière télé une réputation de génie quasi solitaire, et a gagné le titre incontesté d'auteur le plus littéraire du petit écran américain. On compare ses dia­logues pour Deadwood aux tirades de Shakespeare. « J'écris pour contrôler le fonctionnement de ma conscience ina­dap­tée à un comportement constructif », explique celui qu'on dit ingérable et à qui on prête les pires empoignades avec ses collaborateurs – dont une attaque à la batte de base-ball sur Michael Mann.

Perfectionniste, incapable de toucher un ordinateur de crainte d'effacer tout ce qu'il y écrirait, il dicte ses scripts à des secrétaires, allongé sur le sol, prend la voix de ses personnages, cite le phi­losophe William James : « Toute appréhension de Dieu sous-entend la suppression de notre ego. » Un esprit original, bril­lant, parfois difficile à suivre, mais que HBO refuse d'abandonner à la concurrence, malgré les échecs. La chaîne câblée américaine lui a confié une mission titanesque, l'adaptation en téléfilms et en séries de l'œuvre de William Faulkner. Un projet dont il ne dit mot, se retranchant comme toujours derrière une citation, cette fois-ci du méchant de Deadwood, Al Swearengen : « Si tu veux entendre Dieu rire, parle-lui de tes projets. »


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